Cinéphile m'était conté ...

Cinéphile m'était conté ...

Italie/Grèce/Turquie/Malte


Qu'ont-ils fait de leurs rêves de jeunesse ? (Dévorer le ciel)

Ce ne doit pas être simple de recevoir le prix le plus prestigieux de son pays (Strega), dès son premier roman, âgé d’à peine plus de 25 ans et de le vendre à deux millions d’exemplaires. Pas facile dans le sens où après La solitude des nombres premiers, Paolo Giordano, puisqu’il s’agit de lui (côté féminin, sa compatriote Silvia Avallone a connu le même début de « carrière »), serait forcément attendu à chaque publication. Le corps humain et Les humeurs insolubles, les deux romans qui ont suivi, n’étaient pas mauvais mais il n’y avait pas de quoi s’enthousiasmer non plus. Vu le talent de l’écrivain et une fois digéré son énorme succès initial, il était prévisible qu’il nous revienne un jour ou l’autre avec un livre accompli et qui dépasse largement les promesses de La solitude des nombres premiers. Mission remplie, et au-delà des espérances, avec Dévorer le ciel, une pure merveille romanesque, dont on ne sait s’il faut d’abord admirer l’habileté narrative et l’émotion qui s’en dégage ou le style délié admirablement préservé par la traduction de Nathalie Bauer. Les premières scènes sont magnifiques et très visuelles avec une jeune fille, la narratrice, qui observe trois garçons qui se baignent nuitamment dans la piscine de la maison familiale, où elle passe l’été, au cœur des Pouilles. Le roman débute comme le récit d’un amour de vacances et va ensuite se développer en une fresque générationnelle, sur plus de 15 ans. Comme dans le premier livre de Paolo Giordano, l’auteur nous raconte des lignes de vie brisées et l’inadaptation sociale de jeunes gens qui refusent ici une société matérialiste qui les éloigne de l’innocence et de la pureté originelle, celles qu’ils recherchent dans une ferme communautaire où ils vont passer les plus belles années de leur vie avant que l’utopie ne vole en éclat. Les personnages du livre sont charismatiques mais le plus touchant est Teresa, la narratrice « interprétée » si l’on ose dire par Paolo Giordano. Dont on perçoit toute la fragilité et le courage dans le choix d’une vie à l’encontre de son éducation mais aussi l’impuissance devant les rêves trop grands des garçons et notamment de Bern, l’élu de son cœur, depuis l’épisode de la piscine. Le roman est admirablement construit, défaisant la chronologie des événements pour mieux y revenir, réussissant ainsi à se métamorphoser en thriller existentiel dont le suspense se maintient jusque dans les dernières pages. Des Pouilles à l’Islande, en passant par Kiev, Dévorer le ciel se révèle furieusement romantique, délicieusement mélancolique et s’interroge au fond sur les seules questions qui importent : quel est le sens de nos vies et qu’avons-nous fait de nos rêves de jeunesse ? Paolo Giordano les illustrent avec aussi bien l’intelligence de l’esprit que celle du cœur. Magistral.

 

 

L'auteur :

 

Paolo Giordano est né le 19 décembre 1982 à Turin. Il a publié La solitude des nombres premiers, Le corps humain et Les humeurs insolubles.

 

 


09/09/2019
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Quartier deshérité (Borgo Vecchio)

Non pas que la misère serait moins pénible au soleil, comme le chantait Aznavour, mais la littérature a le privilège de lui donner d'autres couleurs, plus supportables, peut-être pas, mais poétiques sinon, à condition d'avoir le talent d'évocation et le style de Giosué Calaciura. C'est sous la forme d'un conte, empreint de réalisme magique que l'écrivain sicilien narre la vie d'un quartier palermitain et d'une poignée de personnages, dans Borgo Vecchio. Une confluence d'intrigues intemporelles, la période aurait pu être celle de l'immédiat après-guerre, dans lesquelles s'inscrivent des tragédies en gestation, lesquelles se concrétiseront dans le final de Borgo Vecchio, comme un feu d'artifice sacrificiel et dramatique au possible. La plume de Calaciura est plus lyrique que néo-réaliste, teintée d'humour, et la question peut se poser : ne retient-on pas surtout la grâce de l'écriture qui, en quelque sorte, sublime la pauvreté et glorifie les actes délictueux en les expliquant par la pure nécessité de la survie ? Il y a un véritable "plaisir" à lire les mésaventures des pauvres héros du livre qui est paradoxal dans cet univers qui autrement décrit aurait pu ressembler à celui d'Affreux, sales et méchants de Scola. C'est là, sans doute, où réside l'intelligence d'un romancier qui joue sur ces apparentes contradictions, certain qu'il est de susciter à la fois le malaise et le bonheur dans un maelström de sentiments. Il a pour sûr évité le misérabilisme et cette évocation d'un quartier déshérité de Palerme, avec ses protagonistes hautement romanesques, est une manière assez admirable de transcender et de témoigner à la fois de la désespérance de la condition humaine.

 

 

L'auteur :

 

Giosué Calaciura est né en 1960 à Palerme. Il a publié une douzaine d'ouvrages dont Malacarne et Urbi et orbi.

 


14/08/2019
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Les sédiments du passé (Tous, sauf moi)

Comment dit-on pavé en italien ? Tous, sauf moi, signé Francesca Melandri, en est un et c'est peu dire que sa richesse a même du mal à ne pas déborder de ses 560 pages. La romancière a d'abord été scénariste et cela se sent dans la construction presque labyrinthique et le style souvent visuel de son dernier livre, à ce jour son plus ambitieux. Deux époques dominent dans l'ouvrage : celle de l'Ethiopie en tant que colonie italienne, de 1936 à 1941 (5 ans et pas un jour de plus, comme le rappellent à plusieurs reprises les protagonistes du roman) et l'autre contemporaine (entre 2010 et 2012). Deux périodes qui se répondent et s'interpellent sous la plume de Francesca Melandri, de Mussolini à Berlusconi, de l'occupation d'une partie de la corne de l'Afrique à la migration vers l'Italie d'habitants de ces mêmes territoires. Le passé fasciste et raciste d'un pays et un présent où ces "valeurs" persistent d'une autre manière, moins voyante et libérée mais peut-être bien plus pernicieuse. Dense, au point parfois de frôler la surcharge narrative, le roman se fait parfois document historique, de façon très détaillée, et ne laisse aucun de ses multiples personnages dans l'ombre, quitte à sortir un temps de la route des intrigues principales, aux péripéties déjà copieuses, pour emprunter des sentiers parallèles. A condition d'être vigilant et concentré, le lecteur ne se perd pourtant pas dans les différentes couches temporelles qui finissent par évoquer quasi un siècle d'histoire italienne (la seconde guerre mondiale n'en est pas absente). Francesca Melandri s'insinue dans la vie intime et parfois publique de ses personnages avec une maîtrise exceptionnelle et une écriture élaborée mais jamais précieuse, se gardant bien de manichéisme tout en exposant des faits et des mentalités qui ne souffrent d'aucune contestation. Tous, sauf moi est un livre-fleuve qui charrie toutes sortes d'alluvions qui ont sédimenté l'Italie d'aujourd'hui. Et, au-delà, toute l'histoire de l'Europe depuis un siècle. Le plus fascinant est la manière dont l'autrice réussit à intégrer ces éléments dans une matière romanesque captivante qui ne laisse aucun répit.

 

 

L'autrice :

 

Francesca Melandri est née en 1964 à Rome. Elle a publié Eva dort et Plus haut que la mer.

 


12/07/2019
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Ironie à la grecque (Trois jours)

Fils d'un arménien et d'une grecque, né à Istanbul, polyglotte, Petros Markaris est un citoyen du monde qui s'inquiète des crises idéologiques, sociales et économiques qui ne frappent pas que la Grèce même si ses polars s'y déroulent le plus souvent, prétexte à décrire un pays en pleine déliquescence. Trois jours tranche sur le reste de sa production, puisqu'il s'agit de nouvelles, 8 au total, se déroulant en Grèce, à Istanbul mais aussi en Allemagne, à des époques différentes. On retrouve cependant l'humanisme de l'écrivain à travers des histoires dramatiques, policières et cocasses où il manie à la perfection un sens de l'ironie parfois confronté aux pires des situations, celles en particulier où un nationalisme exacerbé mène aux exactions les plus sauvages. C'est le cas de la nouvelle la plus longue du recueil, qui donne son titre à l'ouvrage et qui témoigne du pogrom d'Istanbul, au moment de la crise chypriote, des événements qu'il a lui-même vécus dans sa jeunesse. Un peu inégaux d'intérêt, comme c'est la loi du genre, les différents récits qui composent Trois jours font en tous cas preuve de générosité et d'empathie pour ses personnages, dans un monde absurde et incompréhensible, marqué le plus souvent par l'intolérance et la haine, autant de sentiments à l'opposé du caractère de Markaris.

 

 

L'auteur :

 

Petros Markaris est né le 1er janvier 1937 à Istanbul. Il a publié une dizaine de romans policiers dont Liquidations à la grecque et Le justicier d'Athènes.

 


09/07/2019
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L'apprenti du puisatier (La femme aux cheveux roux)

Venant après le somptueux Cette chose étrange en moi, le nouveau roman du Prix Nobel turc Orhan Pamuk peut, de prime abord, sembler moins ambitieux. Pourtant, La femme aux cheveux roux, au fil des pages, révèle une singularité et une ampleur qui rappellent à quel point l'auteur de Mon nom est rouge est un grand écrivain, aussi brillant dans les récits intimes que dans l'évocation de la complexité de son cher pays. Derrière l'expérience d'un lycéen, devenu apprenti d'un puisatier, avant de vivre une existence marquée par la culpabilité et la nostalgie de ses jeunes années, se dissimule à peine le portrait d'une Turquie toujours soumise à la lutte entre la modernité et les traditions, à la religion contre la laïcité, coincée entre l'occident et l'orient. Orhan Pamuk nous raconte un destin d'homme balisé par les choix de vie et la liberté individuelle lesquels symbolisent à leur manière l'histoire tourmenté du pays dans lequel il vit. Un roman puissant traversé par d'autres thèmes tels que la transmission et la filiation auxquels le héros du live est connecté par l'intermédiaire des mythes violents d'Oedipe er de Sorhab. Bien au-delà du simple récit initiatique, La femme aux cheveux roux se déploie de façon majestueuse au-dessus du Bosphore et des vicissitudes du temps qui passe. Qui a dit que ce roman manquait d'ampleur ? Sûrement quelqu'un qui ne l'avait pas lu jusqu'au bout.

 

 

L'auteur :

 

Orhan Pamuk est né le 7 juin 1952 à Istanbul. Il a publié 10 romans dont Mon nom est rouge, Le musée de l'innocence et Cette chose étrange en moi.

 


28/03/2019
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Soumission de la chair (La goûteuse d'Hitler)

En décembre 2012, le Berliner Zeitung interviewe Margot Wölk, une vieille femme de 95 ans qui révèle qu'elle fut l'une des goûteuses d'Hitler dans le QG du dictateur en Prusse orientale. A partir de ce témoignage tardif, peu de temps avant son décès, la romancière italienne Rosella Postorino s'est glissée dans la peau de celle qui était alors une jeune femme, séparée de son mari parti combattre sur le front de l'est, pour cette expérience hors du commun. Le point de départ est vrai, de même que certains faits (l'attentat raté de von Stauffenberg, la fuite de Margot alors que ses 14 compagnes goûteuses ne survivront pas à la guerre) mais le reste est le fruit de l'imagination de l'auteure. Et celle-ci réussit magistralement à nous faire vivre de l'intérieur l'existence d'une jeune allemande de l'époque, subissant son destin dans un pays qui se défait peu à peu, à mesure que les troupes soviétiques approchent, de son engouement pour le Führer. Au-delà de la description du travail de goûteuse, Rosella Posterino trace un portrait intime d'une Margot réinventée mais crédible d'une grande intensité entre la peur, la solidarité avec ses camarades et la culpabilité d'une romance insensée et adultère. Prenant, charnel et singulier pour sa tonalité crue et tendre à la fois, La goûteuse d'Hitler rend parfaitement l'image d'une Allemagne impuissante, parfois complice, d'un homme et d'un système ignobles où la volonté de survivre se confond avec la soumission et le sentiment que la mort rôde à chaque instant.

 

 

L'auteure :

 

Rosanella Postorino est née en 1978 à Reggio di Calabria. Elle a publié 3 romans.

 


12/01/2019
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Un équilibre introuvable (Deux sur deux)

Andrea de Carlo est une valeur sûre des lettres italiennes, célébré depuis ses débuts dans son pays. En France, bizarrement, il reste peu connu malgré la parution dans le passé de romans aussi remarquables que Macno, L'instant d'après, Amore ou, surtout, cette merveille qu'est L'apprenti séducteur. Et voici que surgit enfin en traduction son best-seller, classique absolu de la littérature transalpine, Deux sur deux, près de 30 ans après sa publication en Italie. Le livre s'étend sur plus de 20 ans, de l'adolescence à l'âge adulte de ses deux protagonistes principaux, Mario, le narrateur, et Guido, son ami, insaisissable et brillant. L'histoire d'une amitié entre deux rebelles à l'ordre établi, fustigeant le conservatisme italien, la compromission des pouvoirs et, par dessus tout, la laideur et l'immobilisme de leur ville natale, Milan. Deux garçons unis dans les luttes étudiantes de la fin des années 60 et dont la route diverge ensuite, sans se perdre de vue, chacun à la recherche d'un équilibre introuvable. La figure de Guido, enthousiaste de la vie mais inapte au bonheur, illumine le livre, personnage à la fois solaire, car charismatique, et saturnien, car voué à l'insatisfaction perpétuelle. De sa plume fluide, Andrea de Carlo raconte les années d'apprentissage des deux jeunes hommes, leur engagement politique entre maoïsme et anarchisme, des vacances sulfureuses en Grèce, l'apaisement d'une vie isolée à la campagne, pour Mario, et l'existence volatile de Guido, un temps célébré comme romancier avant d'être assassiné par la critique bien-pensante. Il ne s'agit de rien d'autre que d'un récit sur la quête impossible de rester fidèle à ses aspirations de jeunesse face aux contingences sociales. Un combat perdu d'avance qui est vécu de façon très dissemblable par les deux héros d'un livre d'une sobriété exemplaire dans l'intensité. L'occasion, pour ceux qui ignorent encore Andrea de Carlo de faire connaissance avec un auteur discret mais essentiel, à la douce puissance romanesque.

 

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L'auteur :

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Andrea de Carlo est né le 11 décembre 1952 à Milan. Il a publié une quinzaine de romans dont Macno, L'instant d'après et L'apprenti séducteur.


29/06/2018
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Le centre et la périphérie (La vie parfaite)

La vie parfaite de Silvia Avallone. Connaissant l'auteure depuis son sublime D'acier suivi de Le lynx et Marina Bellezza, il est évident que ce titre contient une certaine dose d'ironie. La totalité de ses personnages y aspirent, bien entendu, tout en avalant à grandes goulées les vicissitudes du quotidien et les insatisfactions d'une vie décevante. La première chose que l'on retient des romans de Silvia Avallone, et dans La vie parfaite plus encore, c'est son extraordinaire capacité à faire exister ses protagonistes, à les faire ressentir jusqu'au frémissement de leur âme meurtrie. On pourrait dire qu'elle excelle dans le mélodrame mais son art transcende le genre dans ce roman bâti sur des fondations solides, dans une choeur vibrant de personnalités différentes qui ont pour point commun de lutter et de ne jamais céder au découragement malgré les déterminismes sociaux. Avec ses deux personnages féminins principaux, Adele et Dora, l'une résidant dans la périphérie de Bologne, l'autre habitant au centre, le livre tourne autour du thème de la maternité. Accidentelle, pour l'adolescente, voulue de façon obsessionnelle pour la femme deux fois plus âgée. La vie parfaite passe par des moments de renoncement et de désolation et, plus brièvement, d'épiphanie et d'exaltation. Agile dans sa construction, âpre et lumineux dans son style, c'est un vrai roman néo-réaliste, emballant de bout en bout, riche de saveurs et d'émotions fortes comme un film d'Ettore Scola. Adele, Dora, Zeno (extraordinaire personnage : voyeur, témoin, consolateur, trait d'union ...), Manuele, Fabio et les autres sont les acteurs inoubliables de cette symphonie humaine, parfois à la lisière du requiem, mais jamais totalement désespérée.

 

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L'auteure :

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Silvia Avallone est née le 11 avril 1984 à Biella (Italie). Elle a publié D'acier, Le lynx et Marina Bellezza.


26/04/2018
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Des plaisirs éphémères (Le temps de la fête et des roses)

Dans la bibliographie italienne d'Alberto Garlini, Le temps de la fête et des roses apparait avant Les noirs et les rouges, contrairement à leurs parutions en France, le premier ayant finalement été traduit grâce au succès (mérité) du deuxième. Avec Un sacrifice italien, ces romans forment d'ailleurs une trilogie qui couvre l'histoire contemporaine de l'Italie, de 1970 à 1990. En version originale, Le temps de la fête et des roses s'intitule Le monde entier veut aller danser, un titre bien plus parlant et correspondant parfaitement au contenu. Le livre est moins puissant que Les noirs et les rouges et moins ancré dans les bouleversements sociaux mais les destins individuels qu'il observe tracent cependant un portrait attachant et vif de la jeunesse transalpine dans les années 80, marquées par l'insouciance, l'hédonisme, l'égoïsme et le consumérisme. Garlini saute d'une ville à une autre, privilégiant tout de même sa propre région natale et la ville de Parme, en faisant voyager ses personnages de Barcelone à Odessa, d'Ibiza à Klagenfurt. Ceux-ci semblent toujours sur le point de fuir, à la recherche de plaisirs éphémères, faute de pouvoir (ou de vouloir) atteindre une certaine forme de bonheur. Ce qui coûtera cher à certains d'entre eux, on s'en doute. Cette forme d'escapisme se retrouve dans le style et la construction du roman, composé de brefs chapitres qui semblent parfois n'effleurer que la surface. D'où cette impression d'artificialité que l'on note aussi, de temps à autre, dans le style de l'auteur. Et qui donne le sentiment d'un livre nettement moins fort et déstabilisateur que Les noirs et rouges malgré des qualités certaines.

 

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L'auteur :

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Alberto Garlini est né en 1969 à Parme. Il a notamment écrit Un sacrifice italien et Les noirs et les rouges.


04/04/2018
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Une femme déboussolée (Trois filles d'Eve)

Le dernier roman d'Elif Shafak est traduit de l'anglais, langue dans laquelle elle écrit aussi bien qu'en turc. Est-ce la raison pour laquelle le style de Trois filles d'Eve semble moins chamarré que dans ses premiers livres, davantage rédigé avec une efficacité toute anglo-saxonne ? Le roman est construit en parallèle entre deux périodes de la vie de Peri, son héroïne, -son enfance et adolescence à Istanbul puis son année à Oxford, -sa vie de femme mariée et de mère à Istanbul. Peri a fait de sa relation avec Dieu la grande histoire de sa vie. Elle l'affaiblit, car toujours dans le doute le plus extrême, et l'empêche d'avoir confiance et estime pour elle-même. Spectatrice impuissante des chamailleries entre son père et sa mère, cette dernière très religieuse, à l'université, elle se trouve à nouveau mêlée au conflit qui oppose ses deux meilleures amies toujours sur la question de Dieu. La pécheresse, la croyante et la déboussolée (Peri), c'est ainsi que ce trio se caractérise. Et au milieu, un personnage ambigu, celui d'un professeur charismatique qui fera encore davantage vaciller la personnalité de Peri. Dans ce va et vient permanent entre deux époques, avec un double suspense pour corser l'intrigue, Elif Shafak illustre son sentiment sur l'évolution de la société turque et sur ses dirigeants. Sa vision de la communauté bourgeoise d'Istanbul, à laquelle son personnage principal appartient avec un grand recul, est sans concession et particulièrement aiguisée. Mais ce sont les pages consacrées à Oxford qui donnent au récit son rythme et sa valeur, dans cet apprentissage de la vie d'une jeune femme fragile aussi bien dans ses propres convictions que dans son rapport aux autres. Un magnifique portrait, toujours nuancé, et d'une belle profondeur.

 

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L'auteure :

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Elif Shafak est née le 25 octobre 1971 à Strasbourg. Elle a publié 7 livres en français dont Lait noir, Soufi mon amour et L'architecte du sultan.


21/01/2018
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