Cinéphile m'était conté ...

Cinéphile m'était conté ...

Italie/Grèce/Turquie/Malte


La fille du communiste (Niki)

De 1997 à 2003, les Éditions du Seuil ont traduit les 3 premiers romans de Christos A. Chomenidis dont un pur chef d’œuvre, La voix volée. Et depuis, plus rien, alors que l'auteur grec devenait écrivain à part entière et délaissait sa profession d'avocat. Le voici enfin de retour avec Niki, Chez Viviane Hamy, un roman qui date de 2014 et qui démontre brillamment qu'il n'a pas perdu une once de son talent. Le livre, inspiré par la mère de Chomenidis, est une saga historique qui va grosso modo de la dictature de Metaxas, dans les années 30, aux années 50. L'occasion de se (re)plonger dans l'histoire grecque du XXe siècle, mal connue sous nous latitudes, avec en point d'orgue l'occupation allemande et la Résistance ainsi que l'atroce guerre civile qui s'ensuivit, dont les stigmates perdurent encore dans la vie politique du pays aujourd'hui. Le contexte historique est primordial dans Niki mais il n'étouffe pas la fiction, incarnée par une héroïne, enfant puis adolescente, la fille d'un ancien député communiste et d'une mère sympathisante, qui vit notamment pendant 7 ans dans la clandestinité, la plupart du temps confinée entre quatre murs. Avant de pouvoir goûter à la liberté retrouvée et de vivre ses sentiments pleinement. Moitié rebelle, moitié soumise, Niki est un magnifique portrait féminin, elle-même la narratrice de son histoire, après sa mort. Le livre s'arrête au moment où elle devient adulte et doit prendre la décision la plus importante de sa vie. La plume fluide de Chomenidis rend le roman passionnant, créant une fusion parfaite entre la grande Histoire et les plus petites, quotidiennes, d'un personnage qui a sacrifié sa jeunesse à la cause de ses parents mais jamais perdu son indépendance et l'envie de mordre dans la vie à pleine dents. Il n'y a plus qu'à espérer que Viviane Hamy nous propose régulièrement des traductions des autres romans de Chomenidis encore inédits en langue française. Vivement !

 

 

L'auteur :

 

Christos A. Chomenidis est né en 1966 à Athènes. Il a publié 10 romans dont La hauteur des circonstances et La voix volée.

 


27/01/2021
0 Poster un commentaire

Le ramage d'un drôle d'oiseau (Le colibri)

Quoiqu'il écrive, Sandro Veronesi est sans cesse identifié comme l'auteur de Chaos calme, le livre qui l'a propulsé sur le devant de la scène littéraire. Pourtant, il a signé depuis une poignée de livres plus qu'estimables mais il ne pourra sans doute jamais se débarrasser de cette référence obligée. A moins que Le colibri, sa dernière œuvre, primée en Italie (Strega) et dernièrement en France (France Inter), ne vienne changer la donne. Le colibri raconte la vie de Marco Carrera, ophtalmologue de profession, à travers ses amours, ses amitiés, ses liens familiaux et les nombreux drames qui ont jalonné son existence. Dans une veine tragi-comique qu'il maîtrise à la perfection, l'auteur italien a peu de concurrents : résilience, mélancolie et force de caractère se conjuguent pour un portrait intense d'un homme guère ménagé par les coups du sort. Le livre est incontestablement brillant, souvent émouvant et franchement drôle par moments, grâce notamment à des dialogues enlevés, ceux que le héros entame avec le psychanalyste de sa femme, devenu une sorte de confident. Veronesi intègre lettres, courriels et échanges téléphoniques au milieu d'une narration plus classique. Mais l'architecture du roman se caractérise surtout par une chronologie chamboulée, des années 60 à 2030, perturbant quelque peu la lecture, même si l'on en admire la construction. Pourquoi faire simple quand on peut faire compliqué, est-on obligé de se demander car il n'est pas dit qu'un récit ordonné lui aurait donné moins de force. La destructuration des intrigues est devenue une constante dans la littérature d'aujourd'hui, hélas. Aussi virtuose que soit un romancier, elle est loin de se révéler convaincante dans la plupart des cas. Le colibri est un drôle d'oiseau, dommage que son ramage fasse oublier parfois son beau plumage.

 

Merci à NetGalley et à Grasset !

 

 

L'auteur :

 

Sandro Veronesi est né le 1er avril 1959 à Prato (Italie). Il a publié 10 romans dont Chaos calme, Terrain vague et XY.

 


15/01/2021
0 Poster un commentaire

A fleurets mouchetés (Impossible)

Impossible réunit deux des thèmes favoris d'Erri De Luca, l'engagement et la montagne, soit deux façons, en consacrant sa vie à l'un, tout en gravissant l'autre, de démontrer son courage et sa fidélité à une "cause". Le livre, très court comme d'habitude chez l'auteur, est constitué d'un dialogue continu entre un jeune magistrat et un vieil activiste des années 70, le second étant suspecté par le premier d'avoir poussé un ancien compagnon de lutte, qui a trahi, dans un ravin. Ce duel à fleurets mouchetés et intergénérationnel n'est interrompu que par la transcription de lettres du prévenu à sa bien-aimée, dans lesquelles il commente les interrogatoires en cours. Inutile de dire qu'on ne saura jamais s'il est coupable car ce n'est définitivement pas le but de De Luca qui préfère, avec l'écriture délicate et subtile qu'on lui connait, poursuivre ses questionnements sur le sens des orientations d'une vie et des valeurs à respecter. La construction même du roman et son aspect philosophique lui donnent un certain air d'exercice de style, pas désagréable pour un sou, mais pas non plus continuellement passionnant. Il s'inscrit, en tous cas, parfaitement dans la continuité d'une œuvre, dont la qualité et l'exigence séduisent un nombre de lecteurs de plus en plus étendu.

 

 

L'auteur :

 

Erri De Luca est né le 20 mai 1950 à Naples. Il a publié une soixantaine de romans, nouvelles ou essais dont Montedidio et Le poids du papillon.

 


18/11/2020
0 Poster un commentaire

Malaise dans le Pélopponèse (Le plongeur)

Actes Sud, via sa collection noire, vient de traduire l'écrivain grec Minos Efstathiadis pour la première fois, avec son quatrième roman, Le plongeur. L'auteur, âgé de 53 ans, déclare sur son site personnel avoir abandonné son métier d'avocat pour l'écriture et le surf. Il a également publié deux pièces de théâtre qui lui ont valu une certaine notoriété dans son pays. Son livre commence presque comme un roman de Chandler avec un détective privé hambourgeois chargé par un vieil homme de suivre une jeune femme pendant 48 heures. Quelques 200 pages et pas mal de morts violentes plus tard, l'affaire s'est singulièrement corsée et s'est déplacée en Grèce, dans le Péloponnèse, précisément, où il va y avoir comme un malaise (euphémisme). Il est impossible de résumer le récit, très riche en rebondissements, certains d'ailleurs invraisemblables, du fait de trop nombreuses coïncidences. Cette surcharge n'est pas gênante si l'on considère que Le plongeur constitue une sorte de variation moderne d'une tragédie antique, située dans un pays appauvri et à bout de souffle. Si Efstathiadis cite Eschyle à plusieurs reprises, il remonte aussi à l'occupation allemande durant la seconde guerre mondiale qui s'avère être le point nodal de l'intrigue. Mais, au-delà de son caractère de roman noir et de ses réminiscences historiques, le livre vaut aussi par la philosophie désabusée de l'auteur, peu avare de considérations sombres et définitives sur le sens de la vie et la maigre part d'humanité qui subsiste en ce bas monde. Dit ainsi, cela peut paraître sinistre mais le roman ne l'est pas, traversé qu'il est par quelques pointes d'humour. Noir, évidemment.

 

 

L'auteur :

 

Minos Efstathiadis est né en 1967 en Grèce. Il a pubié 4 romans.

 


07/11/2020
0 Poster un commentaire

L'absent de Noël (Les femmes de)

Comme tous les romans de Caterina Bonvicini, Les femmes de pourrait aisément être adapté au cinéma et l'on imagine déjà le film qui en serait tiré, une comédie on ne peut plus italienne, entre cruauté et tendresse. Voici donc 7 femmes, de toutes les générations, qui attendent ensemble, un soir de Noël, la venue d'un homme qu'elles ont chacune en commun dans leur vie puisqu'il s'agit de leur fils, père, frère, mari actuel ou passé, amant. Mais le dénommé Vittorio ne viendra pas. Mieux (ou pire), il annonce qu'il va disparaître pour une année entière. Caterina Bonvicini donne la parole à chacune de ces 7 femmes, à tour de rôle, dressant des portraits sans concession de leurs petits et grands défauts et de leurs relations entre elles, pas mal fondées sur la jalousie et la méchanceté, au départ, mais qui vont évoluer dans un sens assez inattendu et apaisé. La construction chorale du livre est très futée et propose au passage une vision acerbe de la bourgeoisie d'une ville, Milan, que la florentine Caterina Bonvicini n'épargne pas. Vittorio va-t-il enfin réapparaître ? C'est tout l'objet du dernier chapitre qui propose un twist étonnant qui a un double effet : rendre un peu dérisoire tout ce qui a été écrit auparavant et "renverser la table", comme on le dit aujourd'hui pour tout et n'importe quoi. Un pari risqué que cette conclusion mais bien dans l'esprit d'une romancière qui aime bien secouer ses lecteurs, comme on a pu s'en apercevoir dans L'équilibre des requins ou Le lent sourire, par exemple.

 

 

L'auteure :

 

Caterina Bonvicini est née le 27 novembre 1974 à Florence. Elle a publié 10 livres dont L'équilibre des requins et Le lent sourire.

 


01/07/2020
0 Poster un commentaire

Cerise sur la moussaka (Le séminaire des assassins)

Bien entendu, Le séminaire des assassins est un véritable polar, avec trois meurtres successifs, dont ceux de deux ministres, et une résolution pas à pas par le commissaire Charitos, que les lecteurs de Petros Markaris connaissent depuis longtemps. Mais comme souvent chez l'auteur grec, ce n'est pas l'essentiel et, d'ailleurs, la solution de l'énigme peut sembler tiré par les cheveux, avec des coïncidences un peu forcées. Mais bon, cela n'a que peu d'importance car cette fois encore c'est la situation sociale de son pays bien mal en point qui intéresse Markaris et, en l'occurrence, l'état de l'université d'Athènes où les professeurs sont de plus en plus nombreux à déserter le navire pour peu qu'ils aient une chance de faire une carrière politique. En ce sens, on sent que le romancier, s'il n'approuve pas les criminels, a des circonstances atténuantes à leur accorder. Le séminaire des assassins est un livre très plaisant, connecté à la réalité grecque contemporaine, avec des personnages extrêmement bien dessinés et une ironie tranchante, faite de lucidité un peu désolée. A l'instar d'un Modiano, Markaris est très précis dans la topographie de la capitale grecque, au rythme des déplacements de son policier à bord de sa Seat personnelle. Cerise sur la moussaka, le roman ne cesse de mettre l'eau à la bouche avec une description détaillée des bons petits plats que Charitos et ses amis dégustent à intervalles réguliers. Pour être complet, le livre aurait dû comporter une postface avec toutes les recettes évoquées. Ceci nous éloigne du polar ? Non, pas du tout, c'est un élément supplémentaire pour goûter la prose simple mais mais roborative du maître queux grec.

 

 

L'auteur :

 

Petros Markaris est né le 1er janvier 1937 à Istanbul. Il a publié 12 romans policiers dont Le justicier d'Athènes et Off Shore.

 


23/06/2020
0 Poster un commentaire

Un drôle de héros (L'espion inattendu)

Le principal intérêt de L'espion inattendu est de raconter une histoire vraie, quoique vraisemblablement retaillée pour lui donner un aspect crédible malgré son aspect intrinsèquement rocambolesque. L'auteure du livre, Ottavia Casagrande, n'est autre que la petite-fille du héros/dandy dont les folles aventures d'espion au service du comte Ciano, ministre des affaires étrangères et gendre de Mussolini nous sont contées à brides abattues. Sa mission qui est d'empêcher si possible que l'Italie ne se range au côté de l'Allemagne, au début de la deuxième guerre mondiale, entraînera notre homme, flanqué d'une espionne anglaise inexpérimentée, au sud-Tyrol, à Cinecitta et surtout sur les routes d'une France en pleine débâcle, avant de rejoindre Londres. Ottavia Casagrande, qui semble être tombée amoureuse de son grand-père (cela peut se comprendre), ne lésine pas sur les détails de ses exploits mais ne s'attarde guère sur sa psychologie, le roman se voulant d'abord factuel et d'ailleurs bien documenté sur cette étrange période que fut la "drôle de guerre." Avec ce personnage principal séducteur et sa vie mouvementée dans les arcanes politiques d'une époque troublée, Ottavia Casagrande a écrit un roman qui rappelle quelque peu le travail d'Arturo Pérez-Reverte, mais hélas avec moins de talent que l'écrivain espagnol, son style frisant parfois de "hautes" platitudes. Un défaut assez rédhibitoire dès lors qu'il s'agit de narrer une intrigue virevoltante, aussi insensée que véridique, pour une grande part.

 

 

L'auteure :

 

Ottavia Casagrande a écrit une biographie et mis en scène des pièces de théâtre.

 


21/06/2020
0 Poster un commentaire

Paysage intérieur d'un amnésique (Labyrinthe)

Quand un romancier, ou encore un cinéaste, commence en présentant un personnage amnésique qui sort tout juste de l'hôpital, c'est assez souvent le prélude à un thriller existentiel, avec sa part de suspense. Point de cela dans Labyrinthe où Burhan Sönmez, écrivain turco-kurde dont le livre est la deuxième traduction en français, décrit presque exclusivement le paysage intérieur dévasté de son héros, Boratine. Il n'y a que peu de progression dramatique dans le roman qui est empreint d'une sourde et constante tristesse . Qui plus est, Boratine sait qu'il a perdu la mémoire après sa tentative de suicide et il ne voit nulle part la raison de ce geste, se retrouvant devant le mur blanc et vierge de ses souvenirs. Le livre possède quelques passages captivants comme lorsque son personnage principal marche à nouveau dans Istanbul, redécouvre ses amis musiciens ou s'entretient avec sa sœur restée dans sa ville natale. Mais la plupart du temps, à l'image de Boratine, qui semble comme privé de la moindre étincelle, Labyrinthe peut sembler bien fade, principalement construit sur les états d'âme d'un homme qui doute de tout et de lui-même en premier lieu. Sönmez a supprimé la ponctuation de ses dialogues et passe du "je" au "il" sans transition comme si son héros était schizophrène et cela ne fait qu'ajouter à la morosité ambiante. D'où cette impression d'un roman stagnant et flou, qui n'incite pas à partager plus que cela la vie et les pensées de ce malheureux Boratine.

 

 

L'auteur :

 

Burhan Sönmez est né en 1965 à Haymana (Turquie). Il a publié 4 livres dont Maudit soit la fin.

 


02/04/2020
0 Poster un commentaire

Parias du Bosphore (10 minutes et 38 secondes dans ce monde étrange)

Depuis qu'Elif Shafak écrit directement en anglais, ses lecteurs fidèles ont noté un léger changement de style, peut-être également lié aux traductions, mais rien de rédhibitoire ni susceptible de diminuer l'intérêt pour une romancière aujourd'hui considérée comme persona non grata en Turquie. Sa nostalgie d'Istanbul, de sa cuisine de rue par exemple, est palpable dans 10 minutes et 38 secondes dans ce monde étrange, récit éclaté de la vie et la mort d'une fille d'Anatolie devenue prostituée sur les rives du Bosphore. Ombres et lumière sur la ville ottomane, le livre est avant tout un hommage à tous les déclassés de cette ville "liquide et féminine", ces parias qui finissent dans le cimetière des abandonnés, sans pierre tombale à leur nom. Roman épique et un brin chaotique, l'ouvrage commence par ces 10 minutes et 38 secondes pendant lesquelles son héroïne, assassinée, se remémore des instants de son existence à travers des souvenirs olfactifs, de l'enfance à sa vie de femme. Le livre se termine par des épisodes tragico-comiques autour de la tentative de ses meilleurs amis pour lui offrir une sépulture décente. Comme toujours, en bonne alchimiste littéraire, Elif Shafak mélange les genres, à partir du réalisme magique, en passant par le burlesque et le drame. Sans oublier un aspect politique très fort, puisqu'en Turquie tout écrit l'est nécessairement, même si le roman évoque des révoltes du passé, dans les années 70, principalement. Les événements liberticides de l'époque, l'intolérance des autorités et la répression systématique de l'opposition , font évidemment écho à ce qu'il se passe aujourd'hui dans le pays de cœur d'Elif Shafak.

 

 

L'auteure :

 

Elif Shafak est née le 25 octobre 1971 à Strasbourg. Elle a publié une quinzaine de livres dont Lait noir, L'architecte du sultan et Trois fille d'Eve.

 


23/01/2020
0 Poster un commentaire

Qu'ont-ils fait de leurs rêves de jeunesse ? (Dévorer le ciel)

Ce ne doit pas être simple de recevoir le prix le plus prestigieux de son pays (Strega), dès son premier roman, âgé d’à peine plus de 25 ans et de le vendre à deux millions d’exemplaires. Pas facile dans le sens où après La solitude des nombres premiers, Paolo Giordano, puisqu’il s’agit de lui (côté féminin, sa compatriote Silvia Avallone a connu le même début de « carrière »), serait forcément attendu à chaque publication. Le corps humain et Les humeurs insolubles, les deux romans qui ont suivi, n’étaient pas mauvais mais il n’y avait pas de quoi s’enthousiasmer non plus. Vu le talent de l’écrivain et une fois digéré son énorme succès initial, il était prévisible qu’il nous revienne un jour ou l’autre avec un livre accompli et qui dépasse largement les promesses de La solitude des nombres premiers. Mission remplie, et au-delà des espérances, avec Dévorer le ciel, une pure merveille romanesque, dont on ne sait s’il faut d’abord admirer l’habileté narrative et l’émotion qui s’en dégage ou le style délié admirablement préservé par la traduction de Nathalie Bauer. Les premières scènes sont magnifiques et très visuelles avec une jeune fille, la narratrice, qui observe trois garçons qui se baignent nuitamment dans la piscine de la maison familiale, où elle passe l’été, au cœur des Pouilles. Le roman débute comme le récit d’un amour de vacances et va ensuite se développer en une fresque générationnelle, sur plus de 15 ans. Comme dans le premier livre de Paolo Giordano, l’auteur nous raconte des lignes de vie brisées et l’inadaptation sociale de jeunes gens qui refusent ici une société matérialiste qui les éloigne de l’innocence et de la pureté originelle, celles qu’ils recherchent dans une ferme communautaire où ils vont passer les plus belles années de leur vie avant que l’utopie ne vole en éclat. Les personnages du livre sont charismatiques mais le plus touchant est Teresa, la narratrice « interprétée » si l’on ose dire par Paolo Giordano. Dont on perçoit toute la fragilité et le courage dans le choix d’une vie à l’encontre de son éducation mais aussi l’impuissance devant les rêves trop grands des garçons et notamment de Bern, l’élu de son cœur, depuis l’épisode de la piscine. Le roman est admirablement construit, défaisant la chronologie des événements pour mieux y revenir, réussissant ainsi à se métamorphoser en thriller existentiel dont le suspense se maintient jusque dans les dernières pages. Des Pouilles à l’Islande, en passant par Kiev, Dévorer le ciel se révèle furieusement romantique, délicieusement mélancolique et s’interroge au fond sur les seules questions qui importent : quel est le sens de nos vies et qu’avons-nous fait de nos rêves de jeunesse ? Paolo Giordano les illustrent avec aussi bien l’intelligence de l’esprit que celle du cœur. Magistral.

 

 

L'auteur :

 

Paolo Giordano est né le 19 décembre 1982 à Turin. Il a publié La solitude des nombres premiers, Le corps humain et Les humeurs insolubles.

 

 


09/09/2019
0 Poster un commentaire